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Les secrets de beauté de Joséphine de Beauharnais, coquette impériale

Joséphine est à l’honneur en ce moment. Et pour cause, on fête le centenaire de sa mort. Quelle bonne idée de remettre sur le devant de la scène à la vie palpitante et qui – je vous le disais pour l’exposition du Musée du Luxembourg – n’avait rien à envier à Marie-Antoinette. Mais à la différence de cette dernière qui créait les nouvelles tendances, Joséphine se contente de suivre, avec une extrême rigueur, la mode de son époque. L’après révolution est une période de libération des corps et se caractérise par l’adoption d’une mode à la grecque. Les robes sont légères et fluides – souvent en mousseline – et dévoilent impudiquement la gorge de ces dames. Il parait que Joséphine détenait plus de 800 robes et des milliers de bijoux. Et ne parlons pas des gants parfumés. C’est elle qui lança la mode des gants long mais elle ne supportait pas de porter deux fois la même paire. Si bien qu’elle commandait à ses gantiers jusqu’à 985 paires par an.

josephine de beauharnais
Je profite de cette occasion pour vous en dire un peu plus sur ses pratiques de beauté à travers une description qu’en fait Octave Uzanne dans La Française du siècle (1866). J’ai déjà évoqué Octave Uzanne sur ce blog. Il a écrit nombre d’ouvrages sur les femmes et l’histoire des cosmétiques, notamment Les parfums et les fards à travers les âges

« La journée d’une coquette impériale était entièrement livrée aux menus soins de la toilette. A son petit lever, elle se plongeait dans un bain chinois,  à pâte d’amande parfumée, se faisait polir, poncer,  essencer; elle passait de la manicure au pédicure,  puis elle endossait une capote de mousseline brodée à  tablier et déjeunait.
Alors arrivaient les marchandes, les lingères et modistes et l’indispensable professeur de salut et de présentation, le démonstrateur émérite de la danse à caractère, qu’on désignait sous le nom de M. Courbette et qui, durant une heure, apprenait à allonger, arrondir, gracieusement le bras, à saluer ici de la main, à faire révérence, à se tenir sur la hanche droite ou gauche, et qui terminait la séance par une lumineuse analyse sur la Morale de la danse terre à terre. Le secrétaire succédait au maître danseur ; il écrivait quelques courtes missives et vite était congédié. C’était l’heure de la promenade au bois de Boulogne et à Bagatelle. La nymphe légère vêtissait l’amazone, se lançait sur un coursier superbe ou bien faisait atteler sa calèche à Parasol ou son cabriolet couleur d’écaille pour aller faire admirer ses charmes dans quelque fête champêtre.

Pierre-Paul_Prud'hon_joséphine de beauharnais

Au retour de la course, elle venait juger de l’ effet de certaine robe grecque exécutée sur un dessin nouveau, et, passant dans son boudoir antique, elle donnait audience à son coiffeur. Celui-ci était déjà venu le matin préparer ses cheveux à la Titus dont il n’avait laissé paraître que quelques crochets s’échappant d’un petit bonnet. Maintenant, il se présentait pour le grand œuvre, l’œil inspiré, posant à l’artiste, cherchant l’inspiration et tenant d’une main un croquis présentant Mlle Mars ou la Duchesnois, et de l’autre un petit bandeau de mousseline imitant un schall, tant le tissu en était coloré et souple. Il regardait tour à tour le croquis et la tête de la belle indolente, puis il mariait habilement l’étoffe et les cheveux, laissant tomber sur l’épaule gauche les deux bouts inégaux du schall rouge ou jaune; alors, se retirant en arrière, clignant de l’oeil à la glace, il demandait à la petite-maîtresse si cette coiffure à la Benjamin ou à la Siméon était de son goût, jurant pour sa part qu’elle seyait à merveille au caractère piquant de sa figure.

expo josephine musée du luxembourg

photographies ©Elsa Lapouge

Le soir, dans une robe garnie en peluche de soie ou dans une tunique de crêpe blanc relevée de satin, elle prenait une loge aux Bouffons ou bien allait entendre Elleviou, la coqueluche de Paris, à moins qu’elle ne préférât applaudir Brunet dans Ma Tante Urlurette. Un souper l’attendait au retour du théâtre; quelques tables de jeu retenaient ses amis, et ce n’était pas avant une heure avancée de la nuit que la grande coquette de l’Empire s’abandonnait aux mains de ses femmes de chambre et se couchait exténuée dans sa fine toile de Hollande, la tête à demi cachée dans une jolie cornette ornée de dentelles, les mains revêtues de gants gras. »

 Si vous voulez en lire plus, je vous conseille vivement de parcourir ce livre d’Octave Uzanne qui est, comble du bonheur, disponible intégralement en ligne.

L’existence d’une Impératrice – Joséphine aux Tuilerie

Continuons maintenant avec ce passage extrait de la Revue des deux mondes. En terme d’habitudes de beauté, celui-ci est encore plus significatif.
En revanche, on y lit que Napoléon ne supportait pas les parfums et que Joséphine n’en portait pas en sa présence. Ce qui semble étonnant puisqu’on lit ailleurs qu’elle ne pouvait s’en passer. Peut-être que cette addiction n’est finalement venue qu’après sa répudiation.
Difficile de démêler le vrai du faux, d’autant plus que ce genre de chroniques sont souvent largement romancées.
Pour ce qui est du maquillage, il semblerait que Joséphine y ait pris gout au contact de Madame Tallien qui se maquillait alors à outrance .

« Les premiers actes de la toilette sont fort longs, car Joséphine a cette minutieuse et rare propreté des femmes galantes et des créoles. Elle prend chaque jour un bain et elle a, pour les lavages, toutes sortes d’outils raffinés, des bouilloires d’argent, des seaux d’argent pour les pieds, des cuvettes d’argent de toutes grandeurs et qu’on porte partout après elle. Mais ce n’est point là le compliqué : ce qui l’est, pour Joséphine, c’est de faire sa tête, de boucher les rides, de lisser la peau, d’effacer la patte d’oie, d’aviver les couleurs. Au temps de sa jeunesse, toute femme de condition se fardait ; cela faisait partie intégrante de la toilette, mais Joséphine en a abusé au point que, dès 1804, le blanc qu’elle met sous son menton, ne tient plus. Il s’écaille, le couvrant d’une sorte de poudre blanchâtre : comme de juste, elle ne convient point de la cause que d’ailleurs, vraisemblablement, elle ignore ; elle dit que l’état de son menton indique celui de sa santé et lorsqu’on lui demande comme elle se trouve : « Mais, pas bien, répond-elle : voyez, j’ai mes farines. »

Boîte de fard rouge de chez Martin - © Musée International de la Parfumerie, Grasse

Boîte de fard rouge de chez Martin – © Musée International de la Parfumerie, Grasse

« Pour le rouge, non contente d’en aviver les pommettes, elle en couvre presque ses joues ; mais, à la Cour, en représentation, ces grands acteurs qu’il faut regarder à distance peuvent-ils se passer de maquillage ? Toutefois Joséphine va peut-être un peu loin : en une seule année (1808), elle prend du rouge chez Martin pour 2 749 fr. 58, chez Madame Chaumeton pour 598 fr. 52, et il s’en trouve encore dans les mémoires des autres parfumeurs, Gervais-Chardin et la veuve Farjeon et fils. Elle y a si bien habitué l’œil de Napoléon qu’il exige que toutes les femmes qui paraissent devant lui en mettent. Cela lui semble à ce point l’accessoire obligé de la grande toilette qu’il rudoie quiconque essaie de s’y soustraire : « Allez mettre du rouge, madame, dit-il à une, vous avez l’air d’un cadavre, » et à une autre : « Qu’est-ce que vous avez à être si pâle, relevez-vous de couches ? » Le cas est ordinaire : tout homme qui vit d’habitude dans la société de femmes fardées, perd la notion du teint naturel, de l’aspect normal du visage, et le fard lui paraît non seulement un agrément, mais un complément indispensable de l’habillement.

Par compensation, en dehors de l’eau de Cologne, de quelques extraits de fleurs et de l’eau de lavande, Napoléon ne supporte aucun parfum et en a l’horreur : Joséphine doit donc s’en priver, comme d’ailleurs toutes les femmes de la Cour. »

(Revue des Deux Mondes tome 149, 1898)

Les autres lubies

Native des Antilles, Joséphine est folle des odeurs épicées de la Martinique et met le musc à la mode. Elle reçut d’ailleurs le surnom de ‘’Folle du musc’’. Son addiction était telle qu’on dit que 60 ans plus tard l’odeur subsistait encore dans le boudoir de sa demeure de Malmaison.

josephine de beauharnais chateau de malmaison

photographies ©Elsa Lapouge

Elle lança aussi la mode des senteurs exotiques (vanille, girofle et cannelle) et usait de bains d’eau de rose et de cognac, ou encore de myrrhe, cannelle et résine. Il parait que Napoléon Ier lui faisait aussi parvenir des quantité de jasmin de Grasse.
Par ailleurs, sa cousine Aimée Du Buc de Rivery, concubine du Sultan Sélim, lui en envoya de nombreux parfums avec leur mode d’emploi et les endroits du corps où déposer ces senteurs.

Pour faire comme Joséphine

Si vous avez bien suivi, pour reproduire le look Josephine, vous devez:
– vous fariner le visage pour avoir un teint tout blanc. N’hésitez pas à multipliez les couches.
– rougir ses joues avec du fard. Pourquoi se limiter aux pommettes après tout ?
– adopter une coiffure à la Titus
– revêtir une robe à la grecque
– enfiler des gants parfumé. je ne peux que vous conseiller les Gants parfumés (à la rose) Joséphine, en vente au prix de 130€ dans les boutiques des Musées nationaux, au Château de Malmaison et au Musée du Luxembourg ainsi que dans les boutiques Maison Fabre Palais Royal à Paris et Cour des Senteurs à Versailles.

gants parfumés joséphine maison fabre– se parfumer aux parfums intenses. Pourquoi pas, l’Eau Suave de Parfum d’Empire (chez Jovoy), inspiré de Joséphine. C’est un Chypre dont la rose est développée avec le safran pour le côté épicé et la framboise pour le côté fruité. Évidemment, on y a ajouté un peu de musc, emblème odoriférant de Joséphine.

Et voilà, vous êtes fin prête !

+ d’infos

Vous avez envie d’en savoir plus sur Joséphine ? Il y a les expos du Musée du Luxembourg et de Malmaison. Vous n’aurez pas l’occasion d’y aller ? Pas de soucis, il y a les catalogues d’expo et plein d’autres ouvrages encore.
En voici une petite sélection.

9 Commentaires

  • Faby
    18 juin 2014 - 8 h 04 min | Lien

    Merci pour ce moment d’histoire,
    Quant au look Joséphine, je n’en retiendrai que les gants et le parfum.

  • 18 juin 2014 - 8 h 36 min | Lien

    Joséphine devait passer la moitié de sa journée à se préparer pour sortir ! Une vie de oisiveté, je ne suis pas sûre qu’a l’heure actuelle une femme passe autant de temps à se préparer, même les plus aisées.
    De son look, je retiendrais les robes types Grèce antique en mousseline…

  • 18 juin 2014 - 8 h 40 min | Lien

    @Faby : moi aussi ça me rêver les gants parfumés. Mais je doute que ça soit très hygniénique. Avec les crèmes qu’ils mettaient dedans ça devait vite sentir le rance. On comprend presque pourquoi Joséphine en changeait si souvent.

    @Pauline : Moi je me dis que ça n’a pas tellement changé. Je suis sûre que Dita Von Teese y passe autant de temps 😉

  • 18 juin 2014 - 8 h 57 min | Lien

    J’adore ce genre d’histoire!

  • spookey
    18 juin 2014 - 14 h 10 min | Lien

    Toujours intéressants tes articles historiques, j’adore ! 😉

  • 18 juin 2014 - 15 h 09 min | Lien

    Tres joli article!
    remonter dans le temps pour découvrir les coquetteries de nos ancetres et surtout d une femme conue comme Josephine, c est toujours passionant!
    Merci pour ce beau prtage!
    Bisous

  • nadine M
    18 juin 2014 - 16 h 50 min | Lien

    Bonjour,

    Merci pour ce moment d’histoire autour de Joséphine…
    bonne soirée

  • julie10
    19 juin 2014 - 9 h 38 min | Lien

    merci pour l’histoire de josephine j’adore savoir comment les femmes autrefois utilisaient leurs produits, josephine passaient des heures a se pouponner pas sur qu’on peut en faire autant maintenant !

  • 19 juin 2014 - 12 h 15 min | Lien

    @julie10 : c’est clair, on y passerait notre matinée 😉

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