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L’ eau de Cologne : les origines

Cela doit faire un an maintenant que j’ai cet article en stock et que je ne trouve pas l’occasion de le publier.  J’ai toujours de petites choses à ajouter, à modifier. Je ne suis jamais totalement satisfaite. Mais voilà, il faut bien se lancer un jour.

Désignée à l’origine sous l’expression « eau admirable », ce que l’on nomme aujourd’hui eau de Cologne est un alcool chargé de principes aromatiques où dominent les éléments des essences fournies par les fleurs, les fruits ou les feuilles de plantes hespéridées (citronniers, orangers…).
Ce fut d’abord un médicament mais elle devint rapidement une eau de toilette très en vogue.

Littré la définit comme « un alcoolé qui porte aussi le nom d’eau sans pareille et n’est qu’un mélange d’essences de citron, de bergamote et de cédrat avec un alcoolat de romarin et de l’alcool rectifié à 85 ° ». Toutefois René le Florentin (parfumeur de Marie de Medicis) préfère en donner une autre : « mélange d’eau et d’alcool parfumé par des essences naturelles ou des matières odoriférantes synthétiques avec prédominance des odeurs d’hespéridées et présence d’une odeur de romarin ou de lavande. »(1).

Origines mythiques

Dans la mythologie grecque, les Hespérides sont les nymphes du Couchant, filles d’Atlas et d’Hespéris (ou de Nyx (la Nuit), ou de Phorcys et Céto selon les versions).
On en compte traditionnellement trois (Églé, Érythie et Aréthuse). Elle résident dans un verger fabuleux, le jardin des Hespérides, situé à la limite occidentale du monde (probablement à l’actuel emplacement de la région se situant entre Tanger et Larache au Maroc )
Héra leur avait donné pour tâche de veiller sur les pommes d’or qu’elle leur avait confiées, et leur avait pour cela adjoint l’aide du dragon Ladon, qu’Hercule va étrangler. Passée la surprise, les nymphes vont chacune lui faire un présent. Aréthuse lui offre la fleur de l’oranger. Eglé, les fruits du bergamotier, du credatier et du limonier. Hypéréthuse, l’orange douce et aussi l’orange amère.

Gianantonio Pellegrini, Hercules dans le jardin des Hespérides

Or, Hercule portait sur lui une gourde remplie d’hydromel. Il lui vient l’idée d’y faire infuser les fleurs et les zestes de fruits qu’on venait de lui offrir. Lorsqu’il revient chez Omphale[2], celle-ci tombe sous le charme de l’hydromel. Elle ne mettra plus autre chose dans son bain ni sur son mouchoir. Aussi Hercule retranscrit la formule sur un papyrus et l’enferme dans une amphore qu’il conservait toujours avec lui. Mais un jour qu’il chassait le canard sur le lac Stymphale, sa besace tombe dans l’eau, entraînant l’amphore avec elle. Hercule n’a pu la rattraper.

Le père de Féminis aurait repêché, par hasard, cette amphore.

Origines

Les origines de l’eau de Cologne sont assez floues. Son inventeur serait Jean-Paul Feminis. Celui-ci aurait quitté l’Italie vers l’âge de 20 ans, et voyagé un peu avant de s’installer à Cologne en 1690 ou 93 . Il se dit qu’il commercialisait des eaux parfumées que l’on appelait “acqua admirabilis coloniae” ou Eau Admirable de Cologne[3]. Vers la fin de sa vie, il fit la déclaration suivante : « Un certain jour de mai, j’ai reçu d’Arcadie, un papyrus que m’adressait mon père : c’était une recette écrite en grec ancien – mon père avait eu l’obligeance de la traduire – je jugeai de suite tout le parti que je pouvais en tirer, j’ai fait de mon mieux »[4]. On a toutefois des doutes sur cette origine mythique de l’eau de Cologne.

A l’époque, c’était un mélange de divers agrumes dissous dans un alcool à haut degré : l’esprit de vin. Elle était présentée comme une panacée, au même titre que d’autres produits dont l’Eau de la Reine de Hongrie. Les conditions d’hygiène étaient loin d’être excellentes et, par conséquent, ce genre de produit était une sorte d’eau miracle, de plus dotée d’une odeur agréable.

Il est néanmoins intéressant de citer un petit prospectus qui porte avec la date du 13 janvier 1727, un titre prometteur Vertus et effets de l’excellente Eau admirable ou Eau de Cologne, approuvée par la Faculté de Médecine. On peut y lire : « Il y a environ un siècle que cette Eau a été inventée et composée par le Sr. Paul Feminis, Italien, et ancien distillateur à Cologne, et qu’elle est en grande réputation dans l’Europe. ». Le prospectus averti également qu’il existe des contrefaçons de l’Eau de Cologne et que « la seule et véritable continu à se faire uniquement rue de la Balance d’or, à Cologne », soit l’adresse de la maison Jean-Antoine Farina.

(photo : Librairie Chamonal)

Néanmoins, il existe un autre prospectus, bilingue (français/allemand) et portant la signature de Jean-Marie Farina, place Juliers à Cologne qui vante également les propriétés de l’eau « admirable ».

Cela conduit donc à un procès, chacun voulant être reconnu comme le possesseur de la recette originale.

Le procès de Milan (sur l’origine de l’Eau de Cologne)

Le procès qui se déroula entre 1902 et 107 devant les tribunaux de Cologne devait décider de l’origine de l’eau de Cologne.

La Maison Jean-Antoine Farina, de Milan – d’où l’origine du nom du procès – faisait remonter son origine à Jean-Paul Feminis, tandis que la maison Jean-Marie Farina soutenait que son ancêtre en était l’inventeur et premier fabricant. Après examen détaillé des documents présentés, les tribunaux décidèrent que Jean-Marie Farina ne pouvait être le créateur[5].

J’espère que ça vous a plu parce que la semaine prochaine vous avez droit à la suite ^^

+ d’infos

[1] R. Le Florentin, 24 formules pour la préparation des eaux de Cologne, Paris, Desforges, 1937, p. 10

[2] Reine de Lydie, chez qui Hercule fut envoyé comme esclave. Elle lui imposa ses 12 travaux avant de l’épouser.

[3] S. Delacourte, Les eaux de Cologne http://espritdeparfum.com/les-classiques/eaux-de-cologne/

[4] E. Gérardin, Comment l’eau des Hespérides devint l’eau de Cologne, in La Parfumerie Française, n° 11, 1916, p. 127 (160678)

[5] Der Mailand-Prozess. Dokumente und Argumente zur Geschichte des Kölnischen Wassers, Berlin, C. Heymanns, 1951

14 Commentaires

  • cleopat
    10 janvier 2011 - 19 h 20 min | Lien

    Merci pour cette page d histoire!
    histoire naturelle aussi d’ailleurs:)

  • 10 janvier 2011 - 19 h 32 min | Lien

    Suspense……. 🙂
    Tu as dû y passer du temps, oui, c’est tellement bien documenté…

  • Etoile de mer
    10 janvier 2011 - 21 h 26 min | Lien

    Coucou Elodie ! 🙂
    Très intéressant !!
    Vivement la suite ! 🙂

  • nino19
    10 janvier 2011 - 21 h 31 min | Lien

    L’eau de cologne est pour moi une question de souvenir. Ma grand mère et mon père (disparus hélas) en utilisaient tous les deux. Et quand on m’en parle, leur visage me revient tout de suite à l’esprit. Je n’en utilise pas pour ma part. Peut être plus tard, quand je serai une dame plus agée. Mais en tous cas, très beau sujet, tu es toujours bien documenté et tu nous expliques tout dans les moindres détails. Merçi beaucoup.

  • Faby
    10 janvier 2011 - 21 h 32 min | Lien

    Ça faisait longtemps que nous n’avions pas eu de petites histoires
    Merci

  • 11 janvier 2011 - 9 h 34 min | Lien

    @cleopat : Il fallait bien que j’en écrive un autre pour éviter de faire de la publicité mensongère quand je dit que mon blog parle « de cosmétiques et d’histoire de la beauté ».

    @So : et même qu’il y a des références (ok, pas toutes^^)

    @Etoile de mer : Merci. Je vais essayer de publier ça la semaine prochaine.

    @nino19 : C’est une sorte de madeleine de Proust alors pour toi l’Eau de Cologne. C’est plutôt positif comme souvenir. Par contre, il n’y a pas d’âge pour l’eau de Cologne. J’ai une amie pour qui c’est son eau de toilette du dimanche. Et moi même j’en ai un flacon que j’utilise avec plaisir.

    @Faby : C’est que ça prend du temps ces choses là 😉

  • 11 janvier 2011 - 15 h 30 min | Lien

    Très intéressant ton article, j’adore apprendre toutes ces choses 🙂
    Hâte de lire la suite !

  • tanagr
    12 janvier 2011 - 11 h 09 min | Lien

    Merci pour toutes ces infos.
    Moi j’aime beaucoup l’eau de Cologne Mont St Michel qui me rappelle ma grand mère
    et celle de Roger Gallet.
    Que de souvenirs.
    BOnne journée.

  • 12 janvier 2011 - 14 h 45 min | Lien

    @Jube : Merci. J’espère qu’elle te plaira autant.

    @tanagr : Je vois quelle tête a l’Eau de Cologne Mont Saint Michel mais je ne l’ai jamais sentie. Par contre, je connais très bien la Roger Gallet et j’adore.

  • lili 1900
    14 janvier 2011 - 11 h 20 min | Lien

    Merci pour cette page d’histoire cologniale 😉
    J’ai appris plein de choses !

  • 17 janvier 2011 - 20 h 44 min | Lien

    On en apprends toujours autant avec toi^^
    Quand j’étais plus jeune, un jour je decouvre mon visage avec plein de petits boutons sous la peau, ca faisait granuleux et pas moyen de savoir d’où ca venait. Ma mère avait encore chez elle de l’eau de cologne et c’est partie en 2-3 jours, alors que d’autres crèmes n’y étaient pas venu à bout.

  • nadine M
    25 mars 2014 - 17 h 31 min | Lien

    Bonjour,

    Un peu d’histoire c ‘a fait du bien!!!

    l’Eau de Cologne Mont Saint Michel c’est mon enfance et l’ambre était ma préférée! Ma grand mère me frictionnait avec… un remède miracle!
    Bonne soirée

  • julie10
    25 mars 2014 - 19 h 21 min | Lien

    merci pour cet article personellement je ne suis pas tres eau de cologne, mais comme c’est proche des parfums, j’adore son histoire !

  • Brittany
    29 juillet 2014 - 15 h 10 min | Lien

    Bonjour,

    Merci pour ce super article. J’ai découvert une parfumerie sur Paris Maître Parfumeur qui retrace l’histoire de la parfumerie et propose des parfums d’époques et aussi des Colognes. Ils ont l’eau de cologne jean marie farina par exemple. Une superbe découverte pour ceux comme moi qui sont passionnés par le parfum et l’histoire.

    Bonne Soirée

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