Le dentifrice : toute une histoire #1
Aujourd’hui, nous ne pourrions plus passez un jour sans se laver les dents plusieurs fois par jour. Il y a des matins où l’on préférerait que personne ne croise notre haleine alors même qu’on s’est brossé les dents consciencieusement la veille au soir.
Et bien, dites vous bien que cette habitude est assez récente. Et quand pendant des siècles chacun à dû supporter l’haleine fétide des uns et des autres. Pas très glamour tout ça!
Pourtant, quelques efforts étaient fait.
La civilisation égyptienne pratiquait déjà l’hygiène dentaire à l’aide de « masticatoires », pâtes à mâcher puis à recracher, qui contenaient divers ingrédients (poudre de pierre, pulpe de datte, plantes, etc…). On leur prêtait des qualités nettoyantes et antiseptiques.
Quant aux Hébreux, le Talmud préconise différents moyens pour traiter leurs dents. On conseille des bains de bouche comportant de nombreux ingrédients (cannelle, menthe, camomille,…), et des massages gingivaux à l’aide de produits divers (moutardes, olive, …)
Dans l’Antiquité grecque, Hippocrate indique des pâtes à base de carbonate, de calcium et d’anis.
Néanmoins, bien que des procédés existent, ce n’est qu’à partir de l’Antiquité romaine que le terme de « dentifrique » est employé. Le terme latindentifricium est utilisé par Pline l’Ancien au premier siècle après JC, dans son Histoire Naturelle, pour désigner un produit destiné à frotter (frico) les dents (dens, dentis).
On utilisait de nombreuses sortes de cure-dents (métal précieux, bois, plume, etc…), de masticatoires, de bains de bouche, de poudres dentifrices. Messaline (20 ap. JC), femme de l’empereur Claude et mère de Britannicus utilisait un dentifrice personnel qui contenait des cendres de corne de cerf et du sel d’ammoniaque.
Au Moyen âge, dans le monde arabe les dents étaient lavées avec un mélange de charbon pilé, de coquilles d’œuf et de nacre. La poudre d’écorce de la racine du noyer colorait les lèvres et les gencives en rouge afin que, par contraste, les dents paraissent plus blanches.[1]
Au xVIIe, Nicolas Lémery indique que les dentifriques en poudre sont à base de bois de lentisque, de santal, de bois de rose, de coraux préparés, de pain brûlé, de pierre ponce, d’os de sèche, de cristal calciné, de corne de cerf brûlée. Jean de Renou propose également différentes recettes de dentifrices pour blanchir et nettoyer les dents. Comme pour Nicolas Lemery, elles sont essentiellement à base de corne de cerf, de bois lentisque, de corail[3].
Ces poudres peuvent être utilisées directement ou sous forme de pâtes liquides, préparées par leur mise en suspension dans du miel rosat ou du sirop de roses sèches ; on les désigne alors sous le nom trompeur d’opiats. Les mêmes définitions sont reprises par tous les auteurs jusqu’à la fin du XVIIIe siècle.
C’est à cette période que la dénomination dentifrice fini par s’imposer au dépens de dentifrique. Mais quels que soient leurs noms, ces préparations servent à nettoyer et à préserver les dents.
En voici une extraite de la Toilette de Flore de Pierre-Joseph Buch’oz (1771)

L’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert précise que les poudres sont utilisées à l’aide d’une petite éponge mouillée. Pour faciliter le nettoyage de la partie postérieure de la mâchoire, une petite éponge peut être adaptée à un gratte-langue « dont le manche forme une pincette courbe ». A la fin du siècle, les nécessaires de toilette raffiné comportent une brosse à dents.
Voilà pour aujourd’hui, Rendez-vous la semaine prochaine pour les siècles suivants (avec un peu plus d’images).
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[1] J. Pinset, Histoire des soins de beauté, Que sais-je ?, 1960, p. 37
[2] A. Irsa, M. Elkabbach, Les dents, histoire, beauté, santé, soins, Paris, Flammarion, 1986, p. 30
[3] J. de Renou, Le grand dispensaire médical,
[4] cité par A. Blondeau, Histoire des laboratoires pharmaceutiques en France et de leurs médicaments, Paris, Le Cherche Midi, 1998, p. 103 (117678)









Bonsoir,
Très bon article… j’adore les origines des choses, merci ! Je vais suivre tes articles
A bientôt !
Chamalice
Merci pour cet historique !
Et aujourd’hui encore, dans de nombreux pays dans lesquels le dentifrice moderne n’a pas atteint toutes les couches de la population (Mali, Inde…), on utilise des petits bâtonnets très fibreux pour frotter ses dents… Que l’on mâchouille parfois en plein milieu de la journée… limite comme des bâtons de réglisse !
J’ai lu ton article avec attention et j’en ai appris des choses. Très interessant et bien écrit cet article ! Vive le dentifrique !!!!!!!
Merci pour la petite histoire! Je savais pas que ça remontait aussi loin. Pour moi c’était les grecs!
@chamalice : Merci. ça fait toujours plaisir d’avoir de nouveaux lecteurs.
@Athena : L’histoire, c’est ma spécialité…
@So : Oui c’est vrai. Je doute que ça soit aussi efficace qu’une brosse à dent et du dentifrice.
@Les Demoizelles : J’en suis ravie. Du coup, je peux compter sur toi, la semaine prochaine, pour lire la suite
@Decibelle : Il y a plein de cosmétiques qui remontent à très loin sans qu’on l’imagine.
Merci pour cette petite page d’histoire ! D’un point de vue plus moderne, je ne sais pas trop quoi penser du dentifrice bio, je voudrai tester mais je n’ose pas ^^ .
Pour la petite histoire, je mets toujours un verre de jus de fruits sur la table de nuit. Comme ça, dès que je me réveille, j’en bois une gorgée pour éviter de sentir le rat crevé.
Sinon, je me disais qu’utiliser avec le dentifrice, une solution désinfectante, doit améliorer le nettoyage des dents, mais aussi l’haleine.
des cendres de corne de cerf .. Ohlala.. heureusement que ce n’est plus comme ca maintenant
@Fleur de cerise : En même temps, je pense que tu ne prends aucun risque à tester un dentifrice bio
@Johanna : Le coup du jus de fruit, je n’y avais jamais pensé. Par contre c’est vrai que les solutions dentaires, c’est plutôt efficace.
@laly : en effet, il n’y a rien de pire pour ravager l’émail des dents.