Les alternatives aux tests cosmétiques sur les animaux
Dans un article précédent, j’évoquais la fin des tests cosmétiques sur les animaux et la difficulté de trouver des méthodes alternatives. C’est là que je tombe sur un article passionnant de la revue Cosmetics & Toiletries intitulé Alternatives to Animal Testing : A review of trends and perpectives.
Pendant des années on a cherché à développer les méthodes alternatives dans l’optique d’en finir avec les tests sur les animaux. Les instances régulatrices ont joué un rôle important dans cette évolution. Tel est notamment le cas du 7ème amendement de la Directive Cosmétiques (2003/15/EC) adopté par l’Union Européenne. Le principal autre moyen de régulation est REACH (enRegistrement, Evaluation et Autorisation des substances CHimiques) qui couvre le contrôle de la fabrication, de l’importation, de la mise sur le marché et de l’utilisation des substances chimiques.
En outre, pour développer les méthodes alternatives de tests des cosmétiques l’ECVAM (Centre Européen pour la validation de méthodes alternatives) a été crée en 1991 et est localisé en Italie. Celui-ci a pour missions de :
- coordonner la validation des méthodes alternatives au niveau de l’Union européenne,
- permettre l’échange d’informations sur le développement de méthodes d’essai alternatives,
- configurer, maintenir et gérer une base de données sur d’autres procédures,
- promouvoir le dialogue entre les législateurs, les industries biomédicales les scientifiques, les organisations de consommateur et de protection des animaux, en vue de l’élaboration, la validation et la reconnaissance internationale des méthodes d’essai alternatives.
Les méthodes alternatives
Le modèle de prévoyance pour le processus de validation peut être défini comme un algorithme établit pour convertir les données collectées lors des expériences in-vitro en des prédictions sur l’influence de telle ou telle substance sur un organisme.
Notons que la validation de telles expériences est complexe et nécessite de nombreuses étapes :
1- La méthode est étudiée et affinée en laboratoire ce qui peut prendre des mois ou même des années;
2- Cette méthode est reprise dans d’autres laboratoire pour l’optimiser;
3- Processus de pré-validation qui correspond à un premier accord. ;
4- Validation = accord définitif sur la faisabilité de la méthode ;
5- Accord scientifique de l’ESAC (ECVAM Scientific Advisory Committee)
6- Accord réglementaire
Avec autant d’étape, une nouvelle alternative peut prendre 6 ans avant d’être validée.
La recherche de méthodes alternatives
Selon la Directive Cosmétique, pour évaluer la sécurité d’un produit cosmétique, les chercheurs doivent évaluer le profil toxicologique général des ingrédients, leur structure chimique et le niveau d’exposition que les consommateurs auront avec.
Dans certaines industries, les études toxicologiques pour des méthodes alternatives ont déjà été conduites et validées. Dans d’autres, elles sont encore en discussion.
Toxicité aigue : Elle peut être testée grâce au A-Cute-Tox. 60 produits chimiques ont été testés. Ce projet implique 35 groupes de recherche implantés dans des universités comme des industries. Mais cette méthode, surtout utile pour ce qui est de l’inhalation des produits, ne sera vraiment opérationnelle qu’à partir de 2011.
Irritation / Corrosion de la peau : En 2007, l’ESAC a accepté dans sa globalité le SIVS (Skin Irritation Validation Study) qui propose notamment 2 tests in-vitro : EpiSkin et EpiDerm qui étudient les effets irritants ou corrosifs sur la peau. Ces tests remplacent les tests sur les lapins. Le TER (Transcutaneous electrical resistance), également approuvé, et qui permet l’identification des substances chimiques corrosives remplace les tests faits sur la peau des rats.
Irritation des yeux : La collaboration entre ECVAM, ICCVAM (Interagency Coordinating Committee on the Validation of Alternative Methods) et la COLIPA (fédération européenne des industries cosmétiques) a permis de développer une méthode alternative pour les test d’irritation des yeux. Si la méthode n’est pas encore approuvée, les progrès sont rapides.
Sensibilité de la peau : Il n’y a encore aucune méthode alternative pour tester la sensibilité de la peau. Plus d’un test in-vitro doit être employé pour couvrir les mécanismes complexes qui surviennent dans la sensibilisation de la peau. Toutefois le projet Sens-it-iv, supporté par la Commission Européenne, a été initié pour testé in-vitro la sensibilité de la peau et des poumons.
Pénétration percutanée : Des tests de remplacement in-vitro évaluant l’absorption dermique ont été évalués. Mais cela n’est vraiment pas évident dans le sens où la perméabilité des substances chimiques est complexe et dépend de nombreux facteurs. Les tests développés ont été réalisés grâce l’emploi de cellules statiques. La reconstitution d’un épiderme humain, quant à elle, est toujours dans le processus de validation.
Photoxicité : En collaboration, l’ECVAM et la Colipa ont élaboré un test pour évaluer la phototoxicité potentielle des produits chimiques. Cette méthode est basée sur l’exposition de la substance à la lumière.
Toxicité des doses répétées : Pas sûr que ce soit la meilleure traduction pour Repeated dose toxicity mais je ne suis vraiment pas une flèche en anglais. Vous me pardonnerez… Enfin, on comprend que c’est pour évaluer la toxicité d’un produit que l’on applique à répétition sur la peau. C’est un des tests les plus difficles à effectuer. Il n’existe donc pas encore de méthode alternative. Toutefois, plusieurs projets existent.
Mutagénicité et Génotoxicité : Des méthodes alternatives existent mais de nombreux résultats nécessitent confirmation avec des tests sur les animaux. Elles doivent donc être perfectionnées.
Cancérogénicité : La principale méthode alternative pour le test de cancérogénicité in-vitro est le CTA (cell transformation assay) qui est une methode in-vitro pour la détection des potentielles substances cancérigènes. Cette méthode est actuellement en pré-validation.
Toxicocinétique : Il n’existe pas encore d’alternative validée qui englobe les différents processus relatifs à l’absorption, la distribution, au métabolisme… Mais on est sur la bonne voie! Patience…
…
De nombreux progrès ont été faits en ce qui concerne les méthodes alternatives de tests de cosmétiques. C’est devenu une issue de secours pour l’industrie cosmétique depuis que les tests sont réglementés. Les méthodes de tests vont progressivement se mettre en place une fois validées. Cela peut prendre du temps mais ça pourrait être encore pire sans les efforts combinés de nombreux labo. Alors…
Source principale :
Cosmetics & Toiletrie, vol. 124 n° d’août 2009. Site internet
Liens utiles :
CCPA (Conseil Canadien de Protection des Animaux), Méthodes de rechange pour les essais
Photo : Flickr









Pauvre petite bêtes.u_u ils n’ont rien demander pourtant…u_u heureusement encore que toutes ces pratiques sont régularisés sinon ca serait une catastrophe!!
Même si ça avance tout doucement, c’est rassurant de voir que des solutions alternatives progressent ^^ .
@Tiana : Heureusement que c’est régularisé en Europe. Mais vivement que ça le soit partout dans le monde. Parce que les tests cosmétiques sur les animaux sont monnaie courante en Asie.
@Fleur de Cerise : En espérant que ça soit efficace rapidement, que l’on puisse ensuite s’attaquer au tests pharmaceutiques…
Enfin, on s’attaque au problème !
C’est rassurant !
Oui, c’est quand même un bon début.
C’est cruel. J’ai toujours été choquée par ces tests. Mais depuis quelques années déjà, des marques de cosmétiques et de produits pharmaceutiques commencent à préciser qu’ils ne font pas de tests sur ces petites bettes adorables.
Comme quoi c’est possible. Une fois j’ai visité un labo ou ils faisaient des tests sur les animaux et la responsable nous avait assuré qu’il n’y avait aucune alternative. Bien contente qu’elle se soit trompée.