Conseils beauté aux femmes du XIXe siècle

Je continue sur ma lancée en vous présentant encore un ouvrage dédié à la beauté des femmes. Celui-ci date de 1804 et s’intitule L’Ami des femmes ou lettres d’un médecin, concernant l’influence de l’habillement des femmes sur leurs moeurs et leur santé, et la nécessité de l’usage habituel des bains en conservant leur costume actuel ; suivies d’un Appendix contenant des recettes cosmetiques et curatives ; ornées de sept gravures en taille douce. Ecrit par P. J. Marie de Saint-Ursin, grand médecin de l’époque, il est dédié à Madame BONAPARTE.

Ce qu’il a d’intéressant avec ce texte c’est qu’il est typiquement dans son temps.  D’un côté les femmes sont glorifiées  »ce sexe enchanteur, dont les vertus sont sublimes » et de l’autre  on n’échappe pas à la misogynie ambiante. Aussi si l’homme est ouvert sur le monde, la femme reste cantonnée dans « le cercle étroit de ses sensations ».

Concernant l’ouvrage: après avoir décrit les origines des cosmétiques ainsi que les pratiques et critères de beauté (chez les Juifs, les Grecs, les Romains), il s’attaque aux critères actuels afin de faire de n’importe quelle femme une femme du monde. On peut notamment lire des sévères attaques envers la mode de son temps « Et ce qui prouve l’irresistible ascendant de la mode sur les femmes, c’est que fût-elle même désavantageuse à leur genre d’attraits, elles n’auront pas le courage de la rejeter, ou au moins de la modifier à l’air de leur visage ». Je trouve cette phrase vraiment excellente, d’autant qu’elle est encore tellement vraie 205 ans plus tard.

« Femme aux attraits cachés, en ce siècle est prodige;
Pourtant, attraits voilés en deviennent plus chers;
Qui ne les voudroit pas un peu moins découverts?
La pudeur le demande et la santé l’exige »

Ensuite, après avoir vanté l’influence bénéfique des bains et de la musique sur la santé l’auteur s’attaque enfin à ce qui nous intéresse réellement : les recettes de beauté.
saint ursin 1 150x150 Conseils beauté aux femmes du XIXe siècleLa Révolution étant passée par là, les femmes se sont assagies concernant les cosmétiques : elles « ne couvrent plus leur face entière d’un fard repoussant ». Néanmoins l’auteur remarque qu’ « elles consentent à porter, il est vrai, de ces ceintures magiques ». Oui, oui il s’agit bien des corsets qui comprimaient douloureusement l’abdomen des femmes. En outre, la pâleur et même la transparence du teint sont encore de rigueur. Certaines femmes n’hésitent donc pas à renforcer le bleu de leurs veines à l’aide de cosmétiques.

Mais P. J. Marie de Saint-Ursin fait partie de ces rares hommes qui ne condamnent pas les fards. S’il y a bien tromperie, l’auteur en est gré aux femmes. Le seul reproche qu’il pourrait leur faire, c’est d’utiliser des compositions nocives alors qu’il existe des « mélanges innocens (…) [qui] peuvent masquer les ravages et prolonger jusque sous les glaces de la vieillesse les roses du printemps, et dans l’âge le plus avancé les heureux dons de la nature ». Quel poète…

Les cheveux

Plusieurs substances permettent de teindre les cheveux : le liège brûlé, les racines de noyer, les feuilles de figuier, de framboisier, de myrte, de séné, les brous de noix, la noix de galle, les fleurs de pavot… Cuites dans du vin sont censés rendre les cheveux noirs après quelques lavages. Pour entretenir la couleur on conseillait alors des peigne en plomb.

L’épilation

La première méthode conseillée est celle de la pince. On était alors très soucieux que les poils ne développent pas aux mauvais endroit : entre les sourcils, au dessus des lèvres…
Parmi les méthodes plus radicales on trouve, l’Eau d’Egypte, dissolution de nitrate d’argent dans une eau distillée aromatisée, mais aussi des préparations à base d’arsenic, de chaux. Pas la peine de préciser que ces méthodes faisaient des ravages.

Les fards

saint ursin2 150x150 Conseils beauté aux femmes du XIXe siècleLa céruse ainsi que les autres fards métalliques étant désormais fortement déconseillés, on a davantage recours aux substances végétales telles que le carthame, le carmin ou l’orcanette pour le rouge.

Exemple de recette :
« 5 livres d’amandes douces
1/2 once de santal rouge et de gérofle
Versez dessus deux onces de vin blanc et autant d’eau de rose; remuez bien chaque jour, et au bout de la semaine exprimez le jus de ce mare comme on tire l’huile d’amande »

Pour ce qui est du teint, l’auteur propose la formule suivante :
« Prenez égale quantité de farine de fèves blanches, des quatres semences froides et de crème fraîche, battez le tout, en y ajoutant quantité suffisante de lait, pour faire une pommade avec laquelle on se lave le visage.
Pour éclaircir le teint, il conseille un topique de fraise ou un masque à base de de fleurs de farine de fromant et de blancs d’œufs.

Vous avez de la chance, l’édition de 1805 est en ligne sur Google Books : Voir.


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Tagged as: histoire des cosmétiques

7 Commentaires

  1. Épilation à l’arsenic, quelle horreur ! Je ne me plaindrai plus jamais de la cire de mon estheticiene ^^ .

  2. La chaux vive est pas mal non plus. C’est vrai que nos techniques sont plus soft en comparaison.

  3. peigne en plomb et epilation à l’arsenic, un mélange explosif pour la santé !
    Ton article me donne envie de filer sur l’édition en ligne pour en savoir encore plus.

  4. Intéressante idée que d’aller te plonger vers les vieux conseils beauté!!!!!!!

  5. merci pour cet excellent article!
    j’adore ces conseils pour voir l’évolution des moeurs à ce niveau!

  6. Merci pour vos commentaires. C’est très encourageant.

  7. Bonjour!
    C´est très joli ton blog. Et tu donnes des conseils super importants, en tant que femmes!
    Merci de passer par mon blog de voyages et de laisser ton commentaire.
    A tres bientôt.
    Elisa, Argentine

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