Beauté d'antan Histoire cosmétiques Parfum

Jean-Louis Fargeon, parfumeur de Marie-Antoinette

Fargeon est l’un des plus grand parfumeur de son temps. Il a, à ce titre, fournit en parfums, pommades, poudres, fards les personnes les plus influentes du Royaume de France : Madame du Barry, Marie-Antoinette, le Duc d’Orléans… Et c’est à cette figure phare de l’histoire de la parfumerie qu’Elisabeth de Feydeau a consacré ce magnifique ouvrage Jean-Louis Fargeon, Parfumeur de Marie-Antoinette (Paris, Perrin, 2004) dont voici un petit résumé.

Jean-Louis Fargeon est né à Montpellier en 1748 dans une famille de parfumeurs. Il avait sept ans quand naquit, le 2 novembre 1755, une archiduchesse d’Autriche prénommée Marie-Antoinette Josèphe Jeanne qui deviendrait 20 ans plus tard reine de France puis sa plus illustre cliente.

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Mais avant de commencer son apprentissage de parfumeur, son père  a voulu qu’il suive une solide formation classique afin de répondre au raffinement de ses futurs clients. Il fallait se débarrasser de son accent du sud et parler comme les Parisiens. C’est à cette période qu’il lit tous les grands penseurs de son temps : Voltaire, Jean-Jacques Rousseau, Condillac.

A sa sortie du Collège, il commence a perfectionner les recettes familiales : cosmétiques, rouges, fards, savons, pâtes pour blanchir les mains et le visage, poudres et opiats pour les dents, tablettes et liqueurs servant à parfumer la bouche. Pour les soins de la chevelure, il crée des huiles et des poudres de toutes les couleurs, des pommades et des teintures. Fidèle à la tradition, il pratique l’art de fabriquer des gants, de les teindre et de les parfumer. Malgré ces effort, l’entreprise familiale stagne, concurrencée par les « liquoristes », parfumeurs sans l’être et les artisans de Grasse. Il se souvient alors d’une recommandation de son père : pour réussir, il faut partir. Et Paris, avec Marie-Antoinette comme Dauphine, était le seul lieu où pouvaient être reconnus et récompensés les dons d’une jeune parfumeur. Aussi, malgré les récriminations de sa mère, il décide d’être fournisseur de la cour. Il part en 1773.  Grâce à un cousin, exerçant à Paris, il passe son année à préparer la maîtrise auprès de la veuve Vigier, qui compte parmi sa clientèle Mme du Barry. C’est d’ailleurs à cette dernière qu’il commence à rendre visite à la Cour.

Fargeon, Parfumeur du roi

En 1774, il est reçu maître Gantier-Parfumeur. Malheureusement pour lui, cette même année, Louis XV meurt lui faisant perdre la clientèle de Mme du Barry. Il s’ensuit donc une période de vide relatif pendant laquelle il se marie. Puis il finit par rencontrer la Reine par l’intermédiaire de la princesse de Guéménée. Il commence par lui fournir des gants. Ceux-ci l’ayant séduite, elle lui commande de quoi agrémenter ses bains. Puis il s’allie à Léonard le fameux coiffeur de la reine, auquel il fournit poudres et pommades. Mais Léonard ne lui régle pas ses commandes alors il décide de s’en délier. C’est à ce moment que Mlle Bertin, modiste de la Reine, lui demande un parfum pour ses chapeaux. Petit à petit, il fournit pratiquement toute la famille royale. Aussi, pour l’année 1778 ses commandes atteignent des fortunes folles. La Reine, à elle seule, dépensait plus de 200 000 livres. Mais tout le monde n’était pas aussi bon payeur de la Reine. Et la banqueroute est enregistrée le 12 janvier 1779. Elle s’élevait à 304 000 livres. De nombreux clients négligents réglèrent alors leurs dettes afin de ne pas perdre les services de ce merveilleux parfumeur. Mais ne voulant pas renouveler cette expérience, Fargeon se décide à diversifier ses activités. Il expédie ses produits dans toute la France.  Le parfumeur est au sommet de sa carrière. A partir de 1783 on chercher à réduire les dépenses de la Cour. Néanmoins, les affaires de Fargeon restent prospères. Il faisait un commerce considérable avec l’étranger (Angleterre, Etats-Unis).

Avec la Révolution de 1789, le faste n’est plus toléré mais Fargeon continue de fournir la Reine, même lorsqu’elle sera enfermée aux Tuileries. Pourtant républicain dans l’âme, Fargeon est affligé de la façon dont la Révolution a tournée. Il décide donc de vendre son affaire qui devient alors la firme Mouchet-Moulinet & Cie.

Peu de temps après Fargeon est arrêté pour faux-monnayage. Il restera plusieurs mois en prison avant que son innocence soit déclarée.

Après avoir échappé à la guillotine, Fargeon n’aspire plus qu’à une seule chose : prendre sa retraite en paix. Mais les choses en vont autrement quand il s’aperçoit que les repreneurs de son affaire la conduise à la ruine. Il retrouve alors sa boutique et devient  « Parfumeur distillateur breveté fournisseur de l’Impératrice ». Toutefois sa santé avait été ruinée par la prison et il meurt le 9 novembre 1806, âgé de 58 ans. Son affaire ne survivra pas au-delà des années 30.

Références de l’ouvrage :

Elisabeth de Feydeau, Jean-Louis Fargeon, Parfumeur de Marie-Antoinette, Paris, Perrin, 2004

Illustrations :

Portrait de Marie-Antoinette par Elisabeth Vigée Le Brun, 1783

Pot Fargeon découvert par l’Association des archéologues du Québec

4 Commentaires

  • pulcherry
    29 juin 2009 - 20 h 08 min | Lien

    c’est super cette info, j’aime bien les ouvrages qui parlent de la beauté.

  • Elodie
    30 juin 2009 - 8 h 20 min | Lien

    Si tu aimes les ouvrages sur l’histoire de la beauté, je te conseille vivement La poudre et le fard, une histoire des cosmétiques de la Renaissance aux Lumières de Catherine Lanoë. L’auteur s’appuie sur des archives de parfumeurs, des manuels de beauté parus à cette période. C’est vraiment fantastique.

  • 30 juin 2009 - 19 h 32 min | Lien

    Merci pour cet article passionnant!

  • Elodie
    1 juillet 2009 - 7 h 59 min | Lien

    Et il y en aura d’autres très prochainement…

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